Web Toolbar by Wibiya 5009538 $(document).ready(function(){ chargementmenu(); });

Les médecins du désert

Au bout de 2.500 km, quatre jours de marche et des dizaines de bouteilles d’eau ingurgitées, la caravane de la protection civile qui a sillonné l’extrême Sud du pays dans le but de prévenir et de sensibiliser les populations locales sur les multiples risques et accidents qu’elles encourent (envenimement par scorpions, insolation, MTH, intoxication alimentaire…) fait son entrée à Timiaouine sous une température de 44°…

L’unique centre de santé de Timiaouine (Adrar) connaît en cette matinée caniculaire du 15 juillet une effervescence particulière. Et pour cause, la nouvelle de la présence d’un groupe de médecins urgentistes de la protection civile a fait le tour de cette lointaine bourgade en quelques minutes. « C’est une véritable aubaine pour la population », atteste un gendarme qui a été dépêché sur place avec d’autres éléments pour remettre un peu d’ordre suite au rush désordonné dont a fait objet le centre. Les citoyens s’impatientent et jouent du coude pour s’assurer une consultation médicale, ô combien précieuse en ces lieux perdus. « Nous n’avons qu’un seul médecin qui doit s’occuper de 8.000 âmes », regrette M’barka, une sexagénaire de Timiaouine qui souffre d’une infection aux yeux.

Les six médecins urgentistes en question font en effet partie de la caravane de la protection civile, composée également d’officiers, de sous-officiers et d’agents de la PC, qui a sillonné l’extrême Sud du pays, en l’occurrence Bordj Badji Mokhtar (BBM) et Timiaouine dans le but de prévenir et de sensibiliser les populations des différents dangers et risques qui les guettent au quotidien (piqûres de scorpions, insolation, maladies à transmission hydraulique, intoxications...). « On mettra à profit cette opportunité pour distribuer des dons alimentaires et des lots de médicaments ainsi que des bonbons et des jouets pour enfants au profit des populations locales, notamment nomades », nous fait savoir le commandant Achour de la cellule de communication de la PC, quelques minutes avant que le convoi, composé de trois véhicules 4x4 et un grand camion ne prenne la route du sud en cette matinée du 11 juillet, jour de la finale de la coupe du monde. « J’espère qu’on arrivera à temps pour assister au match », s’inquiète-t-on déjà alors que le cortège n’est pas encore sorti d’Alger. Après une nuitée passée à Ghardaïa, où l’on a assisté au sacre de la « Roja » grâce au but du lutin espagnol Iniesta, et une autre à Adrar, soit déjà 1.400km de route, la caravane s’apprêtait tôt le matin du 13 juillet à mettre le cap sur Bordj Badji Mokhtar et ce, sous escorte assurée par la gendarmerie nationale. « Les choses sérieuses vont commencer… », entend-on ici et là. Et pour cause, le trajet, long de quelque 800 km, est épuisant eu égard à l’état de la route dont la moitié, soit 400 km, est une piste interminable où s’entremêlent sous une température qui dépasse parfois les 50° sable, poussière et de la rocaille.

400 km de pistes entre Reggane et BBM

« On souhaite que le gouvernement règle ce grand problème, car les routiers souffrent le martyre et encourent d’énormes risques. La moitié de l’itinéraire entre Adrar et Reggane est plus au moins praticable et de ce fait, on espère que d’autres efforts seront consentis pour réaliser le rêve de toute la population, notamment pour les gens de Bordj Badji Mokhtar qui attendent depuis longtemps la réalisation d’une route pour espérer le développement et sortir de l’isolement dont ils souffrent », nous interpelle Hadj Mohamed, un transporteur de marchandises qu’on a rencontré à Reggane où la caravane a fait une première pause-café, à 150 km d’Adrar. Accompagné de son fils, il nous confie qu’il lui faut deux jours pour faire ce trajet avec son solide et increvable « Berliet » qu’il considère, au passage, comme un véritable bijou. « Je n’ai pas d’autres choix que de prendre mon mal en patience », lâche-t-il avec un large sourire. Le mercure affiche 36° alors qu’il n’est que 7 h 45 après une dizaine de minutes, la caravane quitte Reggane et fonce vers l’extrême Sud. Le paysage n’est que… désert. Pas de village, ni signe de vie si ce n’est deux points de contrôle militaires, distant l’un de l’autre de 200 km ou encore des routiers qu’on croise de temps à autre. Sinon, le reste n’est que rocaille et parfois carcasses de dromadaire qui n’a pas fait le “plein” avant sa traversée du désert, pourtant c’est un animal réputé pour son endurance et son adaptation au climat du sud.

Ne prenant aucun risque, les gendarmes s’arrêtent toutes les 15 à 20 minutes pour regrouper tous les véhicules, notamment ceux qui accusent du retard. « Si un véhicule s’aventure dans ce désert sans guide, je peux vous assurer qu’il n’aura aucune chance de s’en sortir vivant », assure le capitaine en chef de la mission d’escorte, visiblement rompu à ce genre de missions. On apprend à ce propos qu’en 2009, l’on a enregistré une vingtaine de personnes égarées sur cette route et retrouver mortes. Pour espérer arriver à bon port “en plein désert”, les conducteurs doivent impérativement avoir pour repère les balises installées sur l’itinéraire, jonché également de divers indices de fortunes, notamment des pneus. Le plus grand danger ici ce sont les tempêtes de sable, dans ce cas de figure, se repérer devient pratiquement impossible, car on perd complètement la visibilité. D’ailleurs, deux jours auparavant, deux hommes, un propriétaire de bus et de son convoyeur, se sont égarés dans cet immense et impressionnant désert. « Le bus est tombé en panne quelque part dans ce désert et les deux victimes, dont le chauffeur originaire de Batna, ont commis une erreur fatale en voulant chercher de l’aide. Bien que la seconde victime soit originaire de Reggane, elles se sont égarés et ont péri de soif. Les deux corps ont été retrouvés deux jours plus tard », nous racontent des militaires stationnés au PK 200 (poste kilométrique 200), le premier point qui renoue avec la vie depuis Reggane.

Deux nouvelles victimes égarées dans le désert de Reggane

Comme l’indique son nom, PK 200 est distant de Reggane de 200 kilomètres. La caravane y fait une seconde halte vers 11 h 15, sous une température de 42°. Les conducteurs profitent pour donner à “boire” aux véhicules utilisant le carburant que l’on a ramené d’Adrar à l’intérieur de 3 grosses citernes de 230 litres chacune. « Ici, tous les véhicules et les noms des passagers seront enregistrés de sorte que si on nous signale l’égarement d’un véhicule, on peut au moins situer dans quelle partie il a fait fausse route. Cela nous permet de gagner du temps dans les recherches, ce qui est vital dans ce genre de situations où le temps est très précieux », explique encore le militaire tout en effectuant des contrôles de routine sur des véhicules qui font la ligne Adrar - BBM. « On ne sait jamais ce qu’ils transportent. Il faut toujours être vigilant avec les trafics qui existent à profusion, à l’instar de la contrebande ou encore du trafic de drogue », dit-il méfiant.

Nous laissons nos amis les militaires du PK 200 pour retrouver à 14 h 15 d’autres militaires, ceux du PK 400, soit 400 km plus loin de Reggane. Un détachement de l’infanterie y a pris place en plein désert. L’on est désormais à 200 km de BBM et c’est là que s’opère la relève de l’escorte de la GN, qui voit les gendarmes de Bordj Badji Mokhtar prendre le relais pour assurer la sécurité de la caravane de la protection civile. Tout le monde profite de cette halte pour casser la croûte avec des sandwiches au thon et des boissons fraîches sous un soleil de plomb (44°). « Le plus dur est désormais derrière nous et le reste du trajet sera moins fatiguant du fait que l’état de la route est meilleur ces derniers 200 km qui nous séparent de BBM », nous rassure rapidement le nouveau capitaine de la GN. Et en dépit de légers couacs et contretemps causés par l’ensablement des roues de notre véhicule et après douze heures de route, la caravane arrive en fin de journée à Bordj Badji Mokhtar, accueillie par un… violent orage. « Vous avez apporté avec vous la baraka, car ça fait longtemps qu’il n’a pas plu ici », plaisante le chef de daïra de BBM, Amamoun Marmouri. Cependant, le périple n’est pas encore terminé et la caravane passera la nuit à Bordj Badji Mokhtar avant de prendre le lendemain la direction de Timiaouine, soit 170 km de plus faits de pistes. Au final, près de 2500 km, 4 jours de marche et des dizaines de bouteilles d’eau ingurgitées pour atteindre Timiaouine, la dernière commune d’Adrar, distante à près de 1000 km du chef-lieu de wilaya. « On est ici à une dizaine de kilomètre seulement d’El Khalil, le premier village du Mali », apprend-on dès notre arrivée en début d’après-midi de ce 14 juillet. Autre information qui a surpris plus d’un parmi la caravane, c’est la disponibilité de l’Internet via les fibres optiques qui ont été installées récemment, contrairement à l’électricité qui n’existe à Timiaouine que grâce à un groupe électrogène qui fournit cette énergie que pour 100 m à la ronde. « On le fait fonctionner de 9 h à 2 h », indiquera l’adjoint-P/APC autour d’un délicieux couscous offert à ses hôtes.

A Timiaouine, l’Internet comme passe-temps !

Après ce bref répit, la caravane de la protection civile se met au travail et part vers 15 h 30 à la « recherche » des populations nomades, estimées dans cette zone à quelque 2.000 personnes qui se déplacent, au gré des rares et précieux points d’eau. Trainant derrières eux les troupeaux de bétails qui constituent ses principaux biens et richesses, les nomades souffrent de malnutrition et se contentent souvent de morceaux de galettes, de lait, un peu de pâtes et de couscous.

40 km plus au sud, au lieu-dit In Ghazal, on aperçoit les premières kheimate (tentes), abris de fortune des nomades. Regroupées en plusieurs familles, les nomades sont visiblement ravis de cette visite surprise et acceptent volontiers de se faire consulter par les six médecins de la PC qui leur offrent à l’issue de la consultation les médicaments nécessaires. Parmi les médecins figurent deux femmes venues de Saïda et d’Aïn-Temouchent.

«Nous sommes à la fois heureuses et tristes ! Heureuses de pouvoir assister ces gens-là et tristes pour leurs conditions de vie pitoyables », lâchent sans détours les docteurs Rahal Karima et Bouzid Louiza. Pendant que le Dr Talbi de la PC de Médéa prend la tension d’un vieil homme, les agents de la protection civile distribuent aliments, bonbon et jouets. « Les enfants sont aux anges et n’en reviennent pas », constate notre chauffeur Larbi qui s’y mis de la partie. « On essaye au moins de mettre un peu du baume dans le cœur de ces familles », commente de son côté le Dr Aït-Mohamed Kamel d’Alger qui se dit touché par la dignité dont font preuve ces populations qui semblent malgré tout accepter leur sort. En l’espace de trois heures, l’on a compté une vingtaine de consultations médicales effectuées parmi les familles nomades qui ont été heureuses à cette occasion de recevoir des dons amenés par la protection civile, à savoir des denrées alimentaires (huile, pâtes, gâteaux secs…), des bonbons et des jouets pour enfants.

Après avoir passé une nuit presque blanche à Timiaouine, les médecins de la protection civile passent la matinée du 18 juillet dans le centre de santé de la commune et offrent des consultations médicales au profit de la population locale. Répartis en groupe, chacun accomplit convenablement sa mission, à l’image du jeune Dr Sadli Youcef, qui exerce à El Hamiz (Alger), lequel a été chargé de la distribution des médicaments une fois que le patient montre l’ordonnance qui lui a été établie à l’issue de la consultation. « D’après ce qu’on a vu, les pathologies les plus répandues sont la gale, les infections des yeux, l’anémie due à la malnutrition », nous informe le Dr Maamouri Rafik, médecin chef de la PC de Annaba.

Anémie, gale, infections des yeux

Le temps de prendre le déjeuner, le cortège reprend la route de Bordj Badji Mokhtar et ses pénibles pistes sableuses et rocailleuses. Après un repos mérité, les membres de la caravane remettent ça le lendemain et offrent leurs services au niveau du centre de santé de proximité de BBM qui dispose de six médecins en attendant la réception d’ici peu d’une polyclinique qui viendra soulager la population, estimée à 22.000 habitants. «

En outre, il existe un autre projet à l’étude, la réalisation d’un hôpital de 40 lits », se réjouit le chef de daïra de Bordj Badji Mokhtar qui confie dans la foulée qu’une vingtaine d’infirmiers originaires de cette région seront recrutés prochainement après avoir suivi une formation dans le domaine du paramédical pour être répartis à BBM et à Timiaouine.

“ Ça permettra au moins de régler le problème des paramédicaux en attendant celui des médecins dont rares sont ceux qui veulent venir dans cette région en raison de l’éloignement et des conditions climatiques », relève Amamoun Marmouri qui se dit « convaincu » que la solution à ce problème de déficit de personnel ne peut être résolu qu’avec l’implication des enfants du Sud.

A Timiaouine, l’on a constaté un rush sans précédent des citoyens de BBM sur le centre de santé à telle enseigne qu’en fin d’après-midi, des dizaines de citoyens, surpris de ne pas trouver sur place les médecins de la protection civile ont tout simplement exigé la présence de ces derniers et refusé d’être consultés par les médecins du centre. Au final, les médecins de la PC ont offert 180 consultations médicales à Bordj Badji Mokhtar, si l’on ajoute celles effectuées « à domicile », chez les sujets qui ne peuvent se déplacer (handicapés, vieilles personnes…), et distribué dans la foulée les dons aux familles nécessiteuses.

S. A. M.

 

 

 

La couverture sanitaire, un vrai casse-tête…

A l’instar des autres régions du sud du pays, la couverture sanitaire pose un sérieux problème à Bordj Badji Mokhtar et surtout à Timiaouine. Victime de « boycott », Timiaouine compte en effet un seul médecin qui exerce dans l’unique centre de santé depuis une quinzaine d’années. Le Dr Zidane, originaire de Kabylie, fait de son mieux, mais avec une population estimée à plus de 8.000 habitants, force est de reconnaître qu’il n’est pas aisée d’assurer une couverture sanitaire digne de ce nom. BBM compte en revanche six médecins, mais là aussi, ça reste insuffisant si l’on se fie au nombre d’habitants qui dépasse 22.000 âmes. Une polyclinique sera bientôt réceptionnée, de même que le lancement dans les prochains mois des travaux d’un hôpital d’une capacité de 40 places.

Près de 400 consultations médicales effectuées en 3 jours

six médecins urgentistes composant la caravane de la protection civile ont fait près de 400 consultations médicales à Bordj Badji Mokhtar et Timiaouine, dont une vingtaine de visites ont été effectuées dans les kheimate des familles nomades. L’on compte par ailleurs plusieurs dizaines de familles nécessiteuses et démunies qui ont bénéficié des dons offerts par la protection civile à l’occasion de cette sortie organisée vers l’extrême Sud du pays dans le but de prévenir et de sensibiliser les populations sur les multiples risques et accidents qu’elles encourent (envenimement par piqûres de scorpion, insolation, MTH, intoxication alimentaire…).

1.300 km pour traverser le territoire de la wilaya d’Adrar !

L’immensité du territoire de la wilaya d’Adrar qui fait deux fois la France se traduit aisément par la distance qui sépare les deux extrémités de ses frontières. Pour joindre en effet les deux bouts de la wilaya, il faut parcourir quelque 1300 kilomètres entre Tinerkouk et Timiaoune, soit 100 km de plus que la longueur du littoral algérien !

Axes routiers Reggane-BBM-Timiaouine. Bientôt le bout du tunnel ?

Longtemps attendus par la population de Bordj Badji Mokhtar et de Timiaouine, les travaux de réalisation des routes reliant Reggane à Bordj Badji Mokhtar (650 km) et Bordj Badji Mokhtar à Timiaouine (170 km) tardent à voir le jour quoique les premiers bruits des engins se font, semble-t-il, entendre pour le second axe. Les travaux de la première tranche (50 km) sont en effet sur le point d’être lancés, chose qui réjouit les gens de Timiaouine. En attendant, les routiers qui empruntent ces axes, notamment le corridor Reggane - BBM devront prendre leur mal en patience. Ils seront de ce fait condamnés à circuler sur des pistes sinueuses et impraticables et par-dessus tout dangereuses, si l’on n’est pas accompagné par un guide qui connaît bien les lieux. Car outre la perte du temps et du gain que causent ces trajets, le risque de s’égarer en plein désert reste énorme en l’absence de points de repères et de balises conformes aux normes. Et si l’on ajoute les fréquentes tempêtes de sable, la boucle est bouclée… Même si l’on annonce que les projets de réalisation de ces deux routes sont inscrits dans le cadre du plan quinquennal 2010-2014, il n’en demeure pas moins que les populations, conscientes de l’importance des voies de communication pour le désenclavement, restent sur leur faim, mais elles gardent toutefois espoir à ce que les pouvoirs publics lèvent définitivement cet écueil qui demeure un vrai obstacle pour le développement de BBM et de Timiaouine.

Sid Ahmed Merabet

 

 

 

 

 

 

 

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×