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Les brindilles séculaires de l’la Fatima

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le couple octogénaire, témoin et acteur de la Révolution, a toujours vécu dans ces murs qui cachent aussi des casemates gorgées de souvenirs et de légendes des combattants de l’ALN.

A 85 ans, l’la Fatima se prépare encore à fêter Yennayer. Aussi loin que ses souvenirs puissent l’emporter, elle se rappelle qu’elle n’a pas raté une seule fois cette fête qui a beaucoup de significations pour les Berbères des Aurès.

A Ca’cho, la dechra des Ouled Abdi Ousbaâ, il ne s’agit pas de répéter une tradition ancestrale ; c’est, en fait, le seul mode de vie. Dans ce village chaoui, témoin d’un siècle lointain, le seul trait de civilisation est l’électricité. Même les voitures ne peuvent y accéder, faute de route. Une vingtaine de familles vivent pourtant ici avec leurs enfants, privées de tous les standards de confort, mais pas de leur dignité.

L’la Fatima et son vieux chibani, aâmi Belkacem Sbaâ, n’ont jamais quitté leur maison, en dépit de l’insistance de leurs enfants installés quelques kilomètres plus loin, dans la commune de Oued Taga (Ighzer n’Taka), communément appelée Bouh’mar. Dans leur foyer d’un autre âge, l’austérité est un doux euphémisme. La grande pièce, qui comprend le salon, la chambre à coucher et la cuisine, pourrait être gardée telle quelle et transformée en musée.

Le couple octogénaire, témoin et acteur de la Révolution, a toujours vécu dans ces murs qui cachent aussi des casemates gorgées de souvenirs et de légendes des combattants de l’ALN. Sous ce toit noirci de suie, on a vécu la routine de tous les jours aussi et toutes les fêtes possibles, comme Yennayer, le jour de l’an amazigh et son contingent de rites et coutumes. Pour la maîtresse des céans, Yennayer est un jour de travail. La liste des activités est exceptionnellement allongée en cette journée exceptionnelle. Accueillir un nouveau cycle appelle un rituel sans fanfares mais chargé de symboles. La prière de l’aube, une fois accomplie, l’la Fatima et toutes les femmes du village s’arment de leurs cruches pour aller chercher de l’eau à la fontaine.

Même si d’ordinaire des jerricans en plastique ont remplacé les vieilles cruches en terre cuite, cette dernière est gardée pour des occasions pareilles. Des brindilles de gazon sont cueillies aux abords de la fontaine et placées entre l’embouchure de la cruche et l’entonnoir, symbole du renouvellement et du bien apporté par l’année qui s’annonce.

Couscous, ziraoui…

De retour à la maison, une tâche aussi utile que symbolique l’attend. Il s’agit de nettoyer la cheminée (ici, c’est le boulot de la femme) de la suie (akendil en tamazight local) à l’aide du balai fait à la main (thagouft). La suie récupérée est mise dans un panier avec les trois pierres (inguen) qui servent à porter la marmite sur le feu, puis jetée loin de la maison comme pour se débarrasser du vieux pour le remplacer par du neuf. De retour, elle ramasse de la terre et trois nouvelles pierres, pour son coin de feu, qu’elle va enduire d’abord de beurre naturel. Pour attirer le bonheur pour la maison, l’la Fatima n’oublie jamais de disperser de l’herbe et des dattes dans les quatre coins de sa maison. Pendant ce temps, les grains de blé cuits dans l’eau bouillie ont fini de grossir. Le résultat (cherchem) est ensuite mélangé à la farine de blé et de dattes dures, obtenue grâce à la meule traditionnelle. L’la Fatima vient de préparer son premier plat : la b’sissa.

Le menu spécial comporte aussi le ziraoui (galette découpée en menus morceaux, mélangé à la pâte de dattes), ar’rab (des morceaux de galette chargés du nectar de dattes), des gâteaux (adhemin), sans oublier le must des must de Yennayer, tahrirt, une soupe épaisse, à base de semoule bouillie.

Le soir, c’est chakhchoukha au poulet ou bien du couscous à la viande pour ceux capables de se le permettre. Mais, souvent, les gens qui n’ont pas de moyens cotisent pour acheter une chèvre et se partager ses parties, selon un tirage au sort. Ici, la solidarité n’est pas un vain mot, c’est un code de conduite inscrit aux fondements de la communauté et aussi une règle de subsistance pour tous.

Les choses ont beaucoup changé

Debout aux côtés de sa grand-mère, Toufik (20 ans) acquiesce au moindre détail raconté et affirme maintenir la tradition. Vieux et jeunes vivent de la même manière à Ca’cho, il faut dire qu’il n’y a pas d’autre choix.

Toutefois, bien des choses ont changé pour tous. On est loin du temps, en effet, où l’on parcourait des centaines de kilomètres à pied pour aller dans le Sud s’approvisionner en dattes. Avec tout le sérieux que lui assure son âge, ammi Hamid Timizar, un ami et voisin de la famille, raconte le temps où on partait à pied à La Mecque pour accomplir le hadj. Aujourd’hui, la datte est disponible sur les étals de la ville la plus proche. Ça l’est beaucoup moins pour une place pour le hadj, une destination dont rêve le couple Sbaâ.

La soirée, femmes et hommes séparés, des groupes se forment autour des foyers de feu ; après les ripailles, place aux échanges et aux réjouissances ; rien de mondain, que des gaâdas fraternelles. Parfois, musique et danse s’invitent aussi autour du «guessab» et son «b’nadri».

La nouvelle année est entamée ainsi dans la joie et la bonhomie. La symbolique se résume à souhaiter richesse et bonheur pour le foyer, des mots qui ont une tout autre résonance dans cette contrée épargnée par la vanité de notre ère.


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